Le Cameroun a importé 3,107 millions de tonnes de clinker en 2025, pour 97,317 milliards de FCFA, selon les données provisoires de l'Institut national de la statistique reprises par Investir au Cameroun le 4 novembre 2026. En volume, c'est 20,5 % de plus qu'en 2024, soit 529 488 tonnes supplémentaires.
C'est sur cette facture qu'un essai mené dans un laboratoire d'usine à Douala vient de poser une question concrète. Une équipe conduite par Franck Wilfried Nguimatsia Dongmo a testé le basalte d'Ombé comme ajout dans la formule de ciment de Mira Cement. Les travaux ont été publiés le 25 septembre 2026 dans la revue Discover Civil Engineering, selon Investir au Cameroun et Business in Cameroon, qui en rapportent les résultats.
Le clinker, c'est quoi au fait ?
Le ciment n'est pas une matière première, c'est une recette. Son ingrédient central s'appelle le clinker : des granulés gris obtenus en cuisant à très haute température un mélange de calcaire et d'argile dans un four rotatif. Ce clinker est ensuite broyé avec du gypse, qui règle la vitesse de prise, et avec d'autres matériaux d'ajout, pour donner la poudre vendue en sac.
Deux conséquences pratiques. D'abord, le clinker est la partie la plus chère et la plus énergivore du ciment : c'est sa cuisson qui brûle le combustible. Ensuite, comme il arrive par bateau, chaque kilo de clinker entre dans le prix du sac camerounais. Réduire sa part dans la formule, c'est donc agir directement sur la facture d'importation.
Deux autres mots reviennent dans cet essai. La pouzzolane est une roche volcanique qui remplace déjà une partie du clinker dans la recette. Le basalte est aussi une roche volcanique, disponible à Ombé, dans le Sud-Ouest. La question posée par les chercheurs est simple : jusqu'où peut-on en mettre sans affaiblir le ciment ?
Ce que l'essai montre
La formule de référence du cimentier associe 75,5 % de clinker, 20 % de pouzzolane et 4,5 % de gypse, rapporte Investir au Cameroun. Les chercheurs ont substitué du basalte à trois niveaux : 20 %, 25 % et 30 %.
À 25 %, la part de clinker tombe à 70,5 %. Sur une tonne de ciment, 250 kg de basalte remplacent 200 kg de pouzzolane et 50 kg de clinker, soit une baisse de 6,6 % du clinker nécessaire. La résistance à la compression à 28 jours s'établit à 47,7 MPa, contre 53,2 MPa pour le témoin, au-dessus du seuil de 42,5 MPa de la classe visée.
Traduction pour qui ne vit pas dans un laboratoire. Le mégapascal, ou MPa, mesure la charge qu'une éprouvette de ciment durci supporte avant de se rompre : plus le chiffre est élevé, plus le matériau est résistant. Le témoin, c'est l'échantillon fabriqué avec la formule habituelle, sans basalte, qui sert de point de comparaison. Et un ciment de classe 42,5 doit dépasser 42,5 MPa après 28 jours de durcissement pour être vendu sous cette classe. Le mélange à 25 % de basalte perd donc de la résistance, mais reste au-dessus de la limite.
Les deux autres dosages échouent, et c'est aussi instructif. À 20 %, la part de clinker ne bouge pas : le basalte ne prend la place que de la pouzzolane, l'intérêt économique disparaît. À 30 %, la résistance descend à 41,6 MPa, sous le seuil réglementaire : le ciment sort de sa classe. La fenêtre utile est donc étroite.
Ce qu'il ne montre pas encore
Les essais ont porté sur des gâchées de 5 kg, avec trois répétitions pour les mesures mécaniques, précise Investir au Cameroun. Une gâchée, c'est un lot de mélange préparé en une seule fois : ici, l'équivalent d'un seau, là où une usine produit des milliers de tonnes par jour. Notre lecture : il s'agit d'une validation de laboratoire, pas d'une production industrielle continue. L'écart entre les deux se joue sur la régularité du gisement, la finesse de broyage et la stabilité du produit livré en sac.
L'économie de CO2 avancée, environ 45 kg par tonne de ciment, est présentée par Investir au Cameroun comme partielle : elle n'intègre ni l'extraction, ni le transport, ni la préparation du basalte. Le bilan réel dépendra de la distance entre la carrière et le broyeur.
Pourquoi le sujet dépasse le ciment
Le Cameroun ne dispose pas du calcaire nécessaire pour produire son clinker en quantité, ce qui l'oblige à l'importer, écrivait Peter Bell dans International Cement Review le 4 décembre 2025. Les usines du pays sont donc surtout des broyeurs : elles reçoivent le clinker, le mélangent et l'emballent. Le même article situe la capacité nationale de broyage en route de 8,4 à 12,7 millions de tonnes par an, pour une demande locale d'environ 8 millions de tonnes.
Autrement dit, la contrainte n'est pas la capacité installée, c'est l'intrant importé. Et le signal de prix suit : le sac de 50 kg se négociait entre 5 100 et 5 300 FCFA à Douala et Yaoundé, toujours selon International Cement Review.
Un ordre de grandeur, et ce calcul est le nôtre : sur la base des 97,317 milliards de FCFA pour 3,107 millions de tonnes importées en 2025, la tonne de clinker revient à environ 31 300 FCFA. Appliquée à un million de tonnes de ciment, l'économie de 50 kg par tonne représenterait près de 1,6 milliard de FCFA d'importations évitées. C'est une projection, pas un résultat constaté.
Ce que les décideurs peuvent en retenir
Pour un industriel, la leçon est méthodologique avant d'être minérale. Un laboratoire d'usine ouvert à une équipe de recherche locale a produit, en quelques mois, une donnée chiffrée sur une ligne de coût que personne ne maîtrisait. L'investissement était marginal au regard de l'enjeu.
Pour une PME de la construction ou des matériaux, le réflexe transposable est celui-ci : identifier l'intrant importé qui pèse le plus dans le prix de revient, puis chercher le substitut local et le faire tester par une université de la zone. La ressource existe, elle est rarement sollicitée.
Sources
- Investir au Cameroun, Baudouin Enama, 4 novembre 2026, « Ciment : testé chez Mira, le basalte d'Ombé pourrait réduire les besoins en clinker importé (97,3 Md FCFA en 2025) » : https://www.investiraucameroun.com/gestion-publique/0411-24063-ciment-teste-chez-mira-le-basalte-d-ombe-pourrait-reduire-les-besoins-en-clinker-importe-97-3-md-fcfa-en-2025
- Business in Cameroon, Baudouin Enama, 4 novembre 2026, « Cameroon Tests Local Basalt as Alternative to Imported Clinker in Cement Production » : https://www.businessincameroon.com/public-management/0411-17118-cameroon-tests-local-basalt-as-alternative-to-imported-clinker-in-cement-production
- International Cement Review (CemNet), Peter Bell, 4 décembre 2025, « Cameroon pioneers low-clinker cement in Africa » : https://www.cemnet.com/News/story/180397/cameroon-pioneers-low-clinker-cement-in-africa.html
Note de la rédaction : l'étude publiée le 25 septembre 2026 dans Discover Civil Engineering n'a pas pu être consultée directement, sa page éditeur n'étant pas accessible à la vérification. Les résultats d'essai rapportés ici proviennent des comptes rendus concordants d'Investir au Cameroun et de Business in Cameroon, tous deux signés Baudouin Enama. Les explications générales sur la fabrication du ciment et sur les classes de résistance sont des rappels techniques de la rédaction, ajoutés pour la lisibilité. Le même auteur principal, Franck Wilfried Nguimatsia Dongmo, signe par ailleurs des travaux publics sur la substitution partielle du clinker par les schistes argileux de Ngwa-Dschang.